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Cyanobactéries dans la Loue : impacts sanitaires potentiels

Une importante mortalité piscicole a été constatée en avril 2010 sur la Haute Loue. Dans la même période, des analyses ont révélé la présence de cyanobactéries en concentrations élevées dans la rivière. Ce développement de cyanobactéries est probablement à l’origine de la mort massive des poissons, de façon directe ou indirecte.
La Mission Inter-Services de l’Eau (MISE) du Doubs assure sous l'autorité du Préfet la coordination des actions mises en place autour de cette problématique à laquelle l’ARS est étroitement associée.

Que sont les cyanobactéries ?

Les cyanobactéries sont des organismes microscopiques photosynthétiques. Dans certaines conditions et selon leur type, elles sont susceptibles de produire différentes toxines (dermatotoxines, hépatotoxines, neurotoxines). Ces cyanotoxines peuvent être à l’origine de troubles somatiques de nature et d’intensité variable tels que des troubles digestifs, des gastro-entérites aiguës, des irritations de la peau et des muqueuses. Ces troubles peuvent survenir à la suite de contact cutané, d’ingestion ou éventuellement d’inhalation d’eau contaminée. A noter qu'à l'heure actuelle en France, aucune intoxication humaine n'a été imputée aux cyanotoxines, ces effets sur la santé ayant été rapportés et documentés à l'étranger.

Comment peut-on être exposé ?

D’un point de vue sanitaire, plusieurs expositions potentielles sont à prendre en compte :
- l’eau destinée à la consommation humaine
- la consommation de produits de la pêche
- la baignade et la pratique de loisirs nautiques

L’eau destinée à la consommation humaine

Dans le cours de la Loue, il existe 2 captages « directs » pour l’alimentation des populations :
- à Ouhans pour l’alimentation en eau de la commune
- à Chenecey-Buillon pour l’alimentation en eau de Besançon.
Il existe d’autres captages pour plusieurs communes ou syndicats (dont celui de la Haute Loue) mais qui sont situés en nappe alluviale et non directement dans le cours de la rivière ; l’eau est donc filtrée par les terrains. De plus, les cyanobactéries retrouvées dans la Loue sont des cyanobactéries benthiques, c’est-à-dire fixées ou inféodées à des substrats (galets, mousses, etc).

Dans le cadre du contrôle sanitaire « classique » des eaux destinées à la consommation humaine, les cyanobactéries ne font pas partie des paramètres suivis. Dans le contexte de ce printemps, l’ARS a réalisé plusieurs prélèvements pour analyse de ce paramètre.

Ouhans
Les cyanobactéries étant des organismes photosynthétiques, elles ne peuvent se développer dans les eaux souterraines. L’eau captée à Ouhans étant celle de la source de la Loue à l’intérieur de la grotte, la question des cyanobactéries ne se pose a priori pas. Toutefois, l’absence de cyanobactéries dans l’eau brute du captage d’eau destinée à la consommation humaine d’Ouhans a été vérifiée par un prélèvement le 10 juin 2010; un autre prélèvement réalisé à proximité du point de captage dans la grotte le 19 juin 2010 a confirmé cette absence.

Chenecey-Buillon

Pour l’alimentation en eau de Besançon, l’eau captée à Chenecey-Buillon fait l’objet d’un traitement classique d’eau superficielle, qui permet un abattement de la concentration en algues et en toxines.
Plusieurs prélèvements ont été effectués en 2010 aux fins d’analyse :
- le 10 mai sur la prise d’eau brute (avant traitement) : quasi-absence de cyanobactéries (700 cc/ml) et pas de détection de cyanotoxines
- le 2 juin sur eau brute : 5811 cc/ml, et sur eau traitée : 0 cc/ml, montrant ainsi l’efficacité de la filière à ces concentrations
- le 10 juin à 1.5 km en amont de la prise d’eau : 42 cc/ml et le 20 juillet : 0 cc/ml.

En fonction des résultats relevés dans la Loue au cours de la saison, d’autres prélèvements seront réalisés par l’ARS en concertation avec la ville de Besançon, au niveau de la prise d’eau de Chenecey-Buillon avec prélèvements en eau brute et en eau traitée.

La consommation de produits de la pêche

Suite à l’importante mortalité piscicole constatée, s’est posée la question de la consommation des poissons pêchés dans la Loue. En effet, la contamination des poissons est démontrée en situation de contamination des eaux par les cyanobactéries et, bien que les viscères semblent être les organes les plus contaminés, la présence de cyanotoxines dans la chair du muscle des poissons a également été démontrée. Les analyses de cyanobactéries et/ou cyanotoxines dans les poissons sont par ailleurs peu développées et peu probantes.

Dans l’attente des résultats en 2011 d’un projet de recherche de l’AFSSA (agence française de sécurité sanitaire des aliments) permettant à terme de mieux évaluer la bioaccumulation et la bioaccessibilité des cyanotoxines dans les poissons et le risque pour la santé humaine, l’AFSSA et la DGS (direction générale de la santé) ne peuvent exclure le risque sanitaire et recommandent d’interdire la consommation des produits de la pêche en situation de contamination des eaux par des cyanobactéries.

En conséquence, un arrêté d’interdiction de consommation des poissons pêchés dans la Loue depuis la source jusqu’à Quingey a été signé par Monsieur le Préfet le 4 juin 2010.

Consultez  l’arrêté préfectoral en vigueur sur le site internet des services de l’Etat dans le Doubs et en Franche-Comté

La baignade et la pratique de loisirs nautiques

Il existe plusieurs sites de baignade non aménagés et non surveillés sur la Loue, voire interdits par arrêté municipal pour des motifs de sécurité. L’ARS a réalisé une première campagne sur des sites de baignade dans le département du Doubs le 10 juin 2010, points où la pratique est significative. A noter que ces sites sont tous interdits par arrêté municipal. De plus, les sites non aménagés ne bénéficient pas d’un contrôle sanitaire ; la qualité de l’eau (hormis le paramètre « cyanobactéries ») n’est donc pas connue.

Un suivi spécifique des sites de baignade dans les 2 départements du Doubs et du Jura est assuré par l’ARS sur la Loue pendant la saison estivale, en fonction des conditions météorologiques et des résultats déjà disponibles. Pour chacun des sites, les prélèvements sont réalisés dans la colonne d’eau seule et sur plusieurs substrats (galets, herbes, mousses…). En effet, les résultats jusqu’alors disponibles montrent des concentrations relevées très significativement différentes selon que les prélèvements ont été réalisés dans l’eau seule ou sur du substrat. Les cyanobactéries analysées dans la Loue sont essentiellement des cyanobactéries benthiques, c’est-à-dire fixées ou inféodées à des substrats.

La DDT (Direction départementale des territoires) et l’ONEMA (Office national de l’eau et des milieux aquatiques) du Doubs réalisent également cet été 2010 des prélèvements aux fins d’analyse.  Les résultats sont disponibles sur le site internet de la DDT.

 Voir les résultats des prélèvements effectués les 10 et 29 juin, 20 juillet et 23 août 2010 par l'ARS (concentrations de cellules de cyanobactéries (cc) par millilitre (ml) d’eau)

Les résultats montrent :
- Pour les prélèvements réalisés dans la colonne d’eau, les résultats sont tous inférieurs (voire très inférieurs) à 1000 cc/ml, donc très en-deçà de la valeur de
20 000 cc/ml, premier niveau de vigilance sanitaire.

- Pour les prélèvements réalisés sur substrat, les concentrations sont comprises entre 0 et 733 000 cc/ml. Ces valeurs sont à rapprocher de celles déjà obtenues lors des prélèvements précédents (cf site internet de la DDT).

Au regard des faibles concentrations en cyanobactéries relevées dans l'eau, la baignade et les autres activités nautiques ne sont donc pas interdites pour motif sanitaire.

A titre de précaution, il est toutefois conseillé de :

- éviter d’ingérer de l’eau,
- éviter de se trouver en contact avec des zones d’eau stagnante qui comporteraient un dépôt d’algues abondant ou de la mousse,
- prendre une douche soignée après la pratique des loisirs nautiques,
- nettoyer le matériel et les équipements de loisirs nautiques.

A noter que ces précautions sont valables de manière générale pour toute baignade en rivière. Une attention particulière doit être apportée aux jeunes enfants afin qu’ils n’ingèrent pas de substrats algaux ou d’eau.